|
La réalisation d'une étude ou d'un protocole de recherche
commence toujours à partir d'une idée ou d'une question
que l'on se pose. Cette idée devient alors la base de l'étude
ou sa justification.
Justification de l'étude
L'un des buts des protocoles cliniques est d'améliorer les
pratiques médicales et en conséquence la prise en
charge des patients. Un nombre considérable d'études
a ainsi été réalisé dans ce but. Réaliser
un protocole clinique est toujours un travail important qui nécessite
du temps et de l'investissement. Il n'est pas nécessaire
aussi d'en perdre inutilement si le protocole que l'on souhaite
étudier a déjà été complètement
exploré.
La première étape consiste donc à savoir si
une étude a déjà été réalisée
sur le sujet ou a essayé de répondre à la question
posée. La recherche des études publiés sur
un sujet, des essais en cours ou des métaanalyses est possible
par la consultation des bases de données sur le net :
La discussion entre collègues permet aussi de compléter
ou d'affiner la réponse. De plus, la recherche sur Medline
et la lecture des articles permet d'évaluer l'état
actuel des connaissances. Elle permet ainsi de baliser les zones
non encore ou imparfaitement explorées, et donc, à
étudier. La recherche bibliographique aide aussi à
définir le traitement que devra recevoir le groupe contrôle
si un standard de soin (gold standard) est admis par tous.
Bien préparer un protocole clinique permet souvent de gagner
du temps lors de sa réalisation.
Quelle type d'études ?
Plusieurs types d'études existent : des études randomisées,
des études cas-temoins ou des études de cohorte voire
des études de cas cliniques. Toutes ces études ont
des méthodologies différentes. Cependant, elles reposent
toutes toujours sur une même base : une idée ou la
justification de l'étude.
Les études randomisées sont actuellement de plus en
plus nombreuses. Cependant, les études de cas ou de cohorte
restent informatives surtout lorsqu'elles comportent un grand collectif
de patients. Par exemple, la base de données constituée
par SOS-ALR a permis de montrer les risques et les complications
de l'ALR comme lors de la réalisation d'un bloc lombaire
par voie postérieure. Ce type d'étude permette ainsi
d'étudier les facteurs de risque des complications ayant
une incidence faible (arrêt cardio-respiratoire par exemple).
Enfin, un cas clinique présente toujours un intérêt
s'il relate une complication inhabituelle, nouvelle ou bien documentée
notamment sur son mécanisme. Une série de cas peut
remettre en cause une technique ou un nouveau médicament
comme l'a montré les publications sur la rachianesthésie
continue avec micro-cathéters.
L'étude randomisée
La majorité des études cliniques actuellement publiées
sont des études randomisées. En France, elles doivent
être réalisées en accord avec la loi Huriet
et donc soumis à un comité Consultatif des Personnes
se Prêtant à la Recherche Biomédicale (CCPPRB).
Tout projet d'études randomisées doit être soumis
au CCPPRB et avoir une assurance. Une étude randomisée,
contrôlée et réalisée en double-aveugle
(voire en triple aveugle !) présente l'avantage d'évaluer
l'effet (bénéfice ou risque) d'un traitement avec
un minimum de biais. Ce type d'étude, avec les métaanalyses,
sont actuellement considérée comme apportant la preuve
la plus forte de l'efficacité ou de l'inefficacité
d'une technique ou d'un traitement. L'essai randomisé et
contrôlé est ainsi actuellement considéré
comme le meilleur instrument de mesure dont on dispose actuellement
pour évaluer un traitement. Cependant, l'essai randomisé
et contrôlé ne peut être considéré
comme la meilleure preuve d'efficacité d'un traitement que
s'il a été réalisé sans biais. L'attribution
aléatoire (randomisation) des traitements est nécessaire
car elle permet d'obtenir des patients ayant la même probabilité
d'être traitée dans un groupe ou dans un autre. Les
deux populations obtenues sont ainsi a priori identiques sauf pour
le facteur qui est randomisée (absence de biais de sélection).
La randomisation doit respecter un certain nombre de règles.
Elle doit être complètement aléatoire (utiliser
une table de randomisation) et donc ne pas reposer sur un critère
que l'on peut connaître lors de la randomisation (par exemple,
en fonction de la date de naissance, du jour, de la chambre, du
numéro de dossier
). Une randomisation inadéquate
est responsable d'une surestimation de l'effet d'un traitement de
plus de 40%. Le double aveugle ou double insu vise que les traitements
paraissent identiques aux patients et au médecin. Il a pour
but de diminuer le biais d'évaluation (mesure du critère
fait de manière différente, par exemple, en remesurant
une EVA pour la douleur si celle-ci est élevée chez
un patient dans le groupe recevant le nouveau traitement antalgique),
le biais de suivi (les deux groupes ne sont pas suivis de façon
identique du fait de la connaissance du traitement que reçoit
le patient) et le bais de détection (suspicion des événements
non faits de manière identiques dans les différents
groupes, par exemple, recherche plus fréquente des nausées
dans le groupe traité avec un morphinique). En l'absence
de possibilité de réaliser une étude en double
aveugle, le biais de détection peut être diminué
lors du choix de critère de jugement fort et peu discutable
(décès, infarctus du myocarde,
) ou évaluer
le critère principal en aveugle si cela est possible. Cependant,
le non-respect du double aveugle surestime l'effet d'un traitement
d'environ 20%. Le double-aveugle est souvent difficile à
réaliser en anesthésie locorégionale. En effet,
il paraît peu éthique de réaliser un bloc juste
pour réaliser le double-aveugle avec les risques qu'il comporte
(hématome, traumatisme nerveux). Ainsi, la randomisation
permet d'éviter les biais au départ de l'étude
et le double-aveugle d'éviter les biais pendant toute la
durée de l'essai.
Avant de commencer une étude randomisée, quelques
règles simples peuvent parfois faire gagner un temps précieux
:
- 1. Bien étudier la littérature pour argumenter
la pertinence de l'essai.
- 2. se fixer un objectif principal = 1 critère de jugement
principal
Etude Pilote ou Préliminaire
Avant de passer l'étape inévitable du CCPPRB, il
est bien souvent nécessaire de réaliser une étude
ouverte sur quelques patients. Cette étude pilote présente
l'intérêt d'évaluer la faisabilité de
l'étude, d'aider au calcul du nombre de sujets nécessaires
et d'estimer l'effet du nouveau traitement sur le critère
de jugement principal. Réaliser une étude préliminaire
présente plusieurs avantages :
-
1. Evaluer le nombre de patients que l'on peut inclure sur
une période donnée (sur 1 mois par exemple). Si
on décide d'évaluer le bénéfice
d'un bloc sciatique après PTG et que 3 patients sont
d'accord pour avoir une ALR périphérique en plus
de l'AG ou de la rachianesthésie en 1 mois, une étude
avec 60 patients va prendre au minimum 20 mois soit presque
2 ans. De plus, il faut savoir que le nombre d'inclusion diminue
souvent avec le temps car la motivation baisse au fur et à
mesure que les mois passent.
-
2. Evaluer l'efficacité probable du nouveau protocole
en comparaison au traitement de référence.
-
3. Calculer le nombre de sujets nécessaires grâce
à la moyenne et l'écart type ou le pourcentage
en cas de variables qualitatives du critère de jugement
principal dans le groupe contrôle et traité. Celui-ci
peut être calculé à partir des données
de l'étude préliminaire ou des données
disponibles dans la littérature (étude de cohorte
par exemple). Le bénéfice peut aussi être
décidé arbitrairement par l'investigateur pour
le calcul du nombre de sujets. On choisit alors comme chiffre
pour le bénéfice celui qui paraît le plus
pertinent d'un point de vue clinique (par exemple diminution
des NVPO associées à la PCA morphine de 30% grâce
à un bloc fémoral chez les patients opérés
d'une PTH). Il faut savoir que le nombre de sujets nécessaires
est d'autant plus important que la différence entre les
2 traitements est faible, la variabilité (l'écart
type) de la population est importante, le seuil choisi pour
le risque alpha est petit et la puissance est élevée.
Les seuils habituellement choisis sont 0.05 pour le risque alpha
et 0.8 pour la puissance. Une bonne analyse de la littérature
est d'une aide précieuse pour le calcul du nombre de
sujets nécessaires ; il est, par exemple, important de
comprendre la variabilité des critères mesurés.
Par exemple, la douleur n'a pas la même intensité
après une chirurgie du sein selon le geste chirurgicale
(tumorecomie, mastectomie avec plus ou moins curage axillaire).
Diminuer la variabilité du critère du jugement
est intéressant (homogénéité de
la population donc nombre de patients nécessaires moins
important) mais expose au risque d'avoir une durée de
réalisation d'une étude plus important à
cause d'une plus grande sélection des patients. De même,
une différence faible nécessitant un nombre important
de malade peut être intéressante à étudier
si le critère de jugement est fort (décès,
pneumopathie postopératoire par exemple).
Le calcul du nombre de sujets peut être réalisé
sur le net grace au site Biostat TGV www.b3e.jussieu.fr/biostaTGV
.
-
4. Evaluer la fiche ou le cahier de recueil et la pertinence
des critères choisis (facilité d'utilisation,
adhésion du personnel, réalisation possible du
protocole en pratique). Il est important que ce cahier comporte
l'identité du patient (plus ou moins codée), ces
caractéristiques (age, poids, taille, type de chirurgie,
score ASA etc.
.), les variables recueillies habituellement
(s'inspirer de la biblio) et les critères que l'on veut
juger (principal et secondaire)
- 5. Evaluer l'acceptabilité du protocole par les patients
et le personnel concernés par l'investigation.
Soumission au CCPPRB
L'étude de la littérature et la réalisation
d'une étude préliminaire sont souvent d'un appoint
important avant le passage devant le CCPPRB. La préparation
d'un protocole clinique repose sur plusieurs documents qui sont
demandés par les CCPPRB :
- Recherche avec ou sans bénéfice individuel direct
- Lettre d'intention de l'investigateur principal (médecin
qui dirige et surveille la réalisation de la recherche
biomédicale, l'identité du promoteur (Personne physique
ou morale qui prend l'initiative d'une recherche biomédicale
sur l'être humain) et lieu de la recherche
- CV de l'investigateur principal
- Attestation d'assurance
- Notice d'information au patient, rédigé en langage
non spécialisé
Formulaire de Consentement
- Résumé présentant l'état des connaissances,
le but de l'étude, sa justification et ses objectifs
- Protocole d'étude précisant
- La justification de l'étude et son objectif
- Le type d'étude : randomisé, croisé ou
en parallèle, double-insu,
- La population étudiée : critères de sélection
avec une définition claire de la population étudié
et la gravité des patients (selon les définitions
des conférences de consensus ; exemple pour le diabète),
les sources de recrutement (étude mono ou multicentrique)
voire aussi les critères d'arrêt de l'étude.
- Le déroulement de l'étude : réalisation
de la technique, préparation des solutions, surveillance
du patients, choix du traitement de référence et/ou
placebo.
- Les critères de jugement (principal et secondaires) en
précisant leur mesure et les temps de mesure.
- Traitement autorisé et interdit.
- Le nombre de sujets nécessaires pour cette étude
et le type prévu d'analyse statistique des données.
- La durée prévisible de l'étude
- Références
|